Pair-aidant.e en terrain connu ? [ Lee ANTOINE ]

VERSION AUDIO

Est-il judicieux qu’un.e pair-aidant.e exerce dans un service où iel a été accompagné.e ?

Lors d’une discussion avec un psychiatre chef d’un service où j’ai été hospitalisé il y a (fort fort) longtemps, la (probable) absence de savoir expérientiel, la peur de se dévoiler et le manque d’espoir en un rétablissement possible pour les patient.es y étant accompagné.es de la part de l’équipe soignante a été une question centrale.
Lui
« C’est sûr que si vous bossiez dans le service, ça aiderait à les faire évoluer [les professionnel.les de l’équipe] »

Pour moi la réponse est non: je pense qu’il est vraiment inadapté qu’un.e pair aidant.e soit salarié.e dans un service qu’iel a fréquenté. Même si ça part sincèrement d’une bonne intention.

La présence d’un.e pair aidant.e bénévole dans un service déjà fréquenté me semble différente et ne sera pas traitée dans cet article.

 

Pourquoi ce non ?

J’ai entendu:
« mais comme ça il connait déjà le service » ,
« c’est plus simple que ce soit une personne qu’on a suivi »,
« ça sera plus simple pour elle l’intégration parce que la rencontre avec l’équipe est déjà faite »,
« on s’en rendra compte si il rechute »,
« il connait déjà le groupe de parole »

Toujours non

Il y a une longue liste de risques pouvant survenir, autant pour læ pair aidant.e salarié.e que pour les autres membre de l’équipe:

– L’équipe aura davantage tendance à considérer læ pair-aidant.e comme un.e patient.e et non comme un.e collègue
*Surveiller de près sa santé mentale
*Læ couver
*Ne pas læ laisser entrer en salle de pause
*Etre inquiet.es de ellui confier « leurs » patient.es
*Être mal à l’aise par sa présence en réunion, ou encore l’en exclure
*Ne plus prendre la parole en face de « l’ancien.ne patient.e »
*Vivre comme une intrusion la présence de læ pair-aidant.e

– Læ pair aidant.e a certainement perçu toutes les failles, limites, problèmes du service.
*Avec une vision possiblement subjective du service
*Et a peut-être surement gardé une colère ou du moins quelques insatisfactions quand à l’accompagnement qu’on lui a proposé imposé : et donc potentiellement de vouloir tout révolutionner
*Se sentir impuissant.e/frustré.e de ne pas pouvoir changer ce qui ellui semble important de modifier dans l’idée d’améliorer l’accompagnement des patient.es
– Læ pair-aidante risque de rester figé.e dans le passé,
*Dans un lieu où son niveau de rétablissement n’était pas le même
*En ayant du mal à se positionner comme professionnel.le et à se sentir légitime comme membre de l’équipe
*En tombant dans le piège de devenir représentant.e des usager.es
*Iel ne peut pas se permettre de choisir ce qu’iel dévoile ou non au reste de l’équipe qui a déjà connaissance de son dossier médical
– Læ pair-aidant.e a sûrement été choisi.e en étant percu.e comme læ bon.ne patient.e, læ patient.e modèle, la réussite du service
*Impliquant qu’iel soit une exception sans idée que l’équipe croient au rétablissement des autres patient.es, et voyant ses autres patient.es comme des patient.es difficiles, l’équipe ayant ce.tte pair-aidant.e modèle sous les yeux
* Avec une pression sur ses épaules de rester stabilisé.e et toujours un modèle au risque d’être remis.e dans la case patient.e
*Quid du lieu d’hospitalisation si iel « rechute » et dépend toujours du même secteur
Un.e pair-aidante au sein d’une équipe oui,
-si iel n’y a pas été pris.e en charge
-si l’équipe est méga formée

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