Voyage en pair-aidance [Sabrina PALUMBO-GASSNER]

J’ai rejoint récemment l’équipe du « Un Chez-Soi d’abord Paris* » en qualité de « travailleur pair ». Peut-être connaissez-vous déjà les principes de la pair-aidance en santé mentale mais puisque c’est assez nouveau en France je pense qu’il est utile de rappeler ce dont il s’agit vraiment. Je vais tâcher de le faire avec mes mots mais sachez qu’il existe de nombreuses ressources permettant de vous documenter. Je citerai le site du psycom et également le blog « En tant que telle » qui réunit des témoignages autour de la pair-aidance.

Je vous propose de découvrir dans cet article ce qu’est la pair-aidance ainsi que les différentes missions de lae médiateurice de santé pair.e ou pair.e-aidant.e en m’appuyant sur les notions de rétablissement et de savoirs expérientiels et je vous partage aussi un peu de mon expérience personnelle.

Les principes de la pair-aidance

La pair-aidance repose, dans les champs de l’intervention sanitaire et médico-sociale, sur le principe d’un accompagnement des personnes par des « pair.e.s », c’est à dire des professionnel.le.s doté.e.s de « savoirs expérientiels »* acquis au fil de leur parcours difficiles.

Lae pair.e-aidant.e est une personne rétablie ou en voie de rétablissement* et qui représente une sorte d’« ambassadeurice du vécu ». Son savoir réside, vous l’aurez compris, dans son expérience de vie. Le vécu qui l’a confronté à des expériences de vie douloureuses (vie à la rue, précarité, troubles psychiques, addiction, etc) mais aussi le vécu par rapport aux soins et aux institutions.

Lae pair.e-aidant.e va s’appuyer sur son savoir expérientiel pour accompagner ses pair.e.s et partager avec elleux tous les « trucs » – les pistes – qui l’ont aidé à se rétablir. Le but étant de leur permettre d’accéder à un mieux-être personnel et de devenir acteurices de leur rétablissement. On parle d’ « empowerment »*, de reprise de pouvoir sur la maladie.

Parmi ses missions, lae pair.e-aidant.e peut amener un soutien relationnel, participer à des actions de prévention, de promotion du bien-être et de la santé globale auprès des personnes accompagnées…

Ainsi, les missions de lae pair.e-aidant.e ne se limitent pas au témoignage et au travail auprès des usager.e.s. Il/elle va aussi permettre de croiser les regards en apportant un éclairage qui est complémentaire à celui des équipes. Iel va venir aussi questionner les pratiques et participer au travail de réflexion autour des pratiques d’accompagnement orientées par le rétablissement en santé mentale*.

Le « savoir » aujourd’hui ne saurait se résumer au savoir théorique, scientifique.
Le nouveau paradigme induit par l’arrivée des pair.e.s-aidant.e.s dans les équipes pourrait se schématiser ainsi :

Savoir théorique + savoir expérientiel = savoirS et approche centrée sur le rétablissement

Davantage que le savoir reposant sur son vécu ou même les connaissances théoriques acquises au fil des formations il me semble que ce qui est attendu de lae pair.e aidant.e c’est son savoir être*.
Savoir-être auprès de ses pair.e.s, savoir-être avec les professionnel.le.s, les partenaires… Ce savoir-être repose sur des qualités fondamentales : non jugement, écoute, empathie…

 

Les différentes dimensions du rétablissement

Pour les TCA (troubles du comportement alimentaire*) dont j’ai moi-même souffert on parle souvent de guérisons (au pluriel). La guérison ne se limite pas à la disparition du symptôme ! Pour le rétablissement c’est pareil, il a plusieurs dimensions : clinique mais aussi sociale par exemple.

Tout le monde ne s’entend pas vraiment sur ce qu’est le rétablissement au juste… Et pour cause : Le rétablissement personnel est subjectif ! Il y a autant de manière de se rétablir qu’il y a d’individus. Ce sentiment d’être rétabli il n’y a que celui qui le vit, qui expérimente le rétablissement, qui peut en parler et c’est pourquoi le témoignage est primordial. On peut théoriser, schématiser, rien ne remplacera jamais l’expérience vécue il me semble…

Reconnaître le savoir expérientiel c’est aussi reconnaître qu’un.e (ex) usager.e peut développer des compétences et des connaissances spécifiques autour des troubles et de leurs traitements*.

Sans espoir pas de rétablissement possible…

L’espoir c’est ce qui permet d’ouvrir le champ des possibles. Pour se rétablir il faut déjà retrouver l’espoir ; c’est incontournable. Lae pair.e-aidant.e mais aussi l’ensemble des soignant.e.s ou encore les proches peuvent être des vecteurs d’espoir.

Les personnes qui témoignent de leur rétablissement évoquent presque toujours l’importance de redonner du sens à leur existence notamment lorsque le diagnostic « psy » les a obligé à mettre des projets de côté.

Redonner du sens à sa vie c’est notamment en redevenir acteurice (ou auteurice !) en ayant des projets réalistes et réalisables et en s’engageant dans ces projets. A mon sens le fait d’avoir des projets est moteur mais c’est important aussi de ne pas se mettre la barre trop haut au risque de se prendre de sacrées « gamelles » pouvant venir mettre à mal le processus de rétablissement.

Quel parcours pour devenir pair.e-aidant.e ?

C’est une question que l’on m’a déjà posée plusieurs fois. J’ai envie de dire que de nombreux chemins peuvent mener à la pair-aidance. Et on peut faire des détours avant.

En ce qui me concerne j’ai un long parcours dans les troubles alimentaires (j’ai souffert une quinzaine d’années d’anorexie-boulimie) avec de multiples hospitalisations et même après pour burnout notamment.

Sur mon chemin du rétablissement j’ai fondé une association de lutte contre les troubles alimentaires pour aider les personnes malades et leurs familles. L’animation et la co-animation de groupes de parole est une forme de pair-aidance.

La pair-aidance peut faire penser aux marraines et parrains des alcooliques anonymes*, qui accompagnent celleux qui sont en sevrage. C’est une réponse thérapeutique efficace dans le processus de rétablissement des personnes concernées. Les groupes de parole que j’avais mis en place dans le cadre de l’association étaient un lieu d’échange permettant aux participant.e.s de partager leurs expériences, trouver du soutien et chercher ensemble des pistes pour aller mieux. Trouver parfois « autre chose » que ce qu’on leur propose dans leurs soins. La parole, c’est une autre forme de soin…

J’ai suivi ensuite le cursus interuniversitaire « Santé mentale dans la communauté : études et applications »* qui se déroule sur Paris, Lille et Marseille. L’objectif principal est de proposer une formation théorique et pratique à la santé mentale dans la communauté et à ses applications dans les domaines suivants : organisation des services et des soins psychiatriques, promotion et prévention de la santé mentale, lutte contre la stigmatisation et l’exclusion. J’ai rédigé mon mémoire sur l’intérêt du témoignage dans une campagne de communication sur les TCA.

Je me suis tournée ensuite vers le coaching et j’ai passé une certification de coach experte de l’accompagnement des troubles alimentaires (certification ZenPro inscrite au RNCP). J’explique dans cette vidéo en quoi c’est aussi une forme de pair-aidance, professionnelle et rémunérée cette fois.

Une chose indispensable selon moi lorsqu’on débute dans la pair-aidance ce sont les rencontres, les échanges de pratiques comme celles qui sont organisées par Cathie Maillot à Paris *. Cathie est référente unique d’insertion et pair-aidante. Je fais aussi partie d’une communauté de pratiques qui réunit de nombreuxses professionnel.le.s du champ médico-social et des usager.e.s.

L’an dernier je suis intervenue au cours du Diplôme Universitaire « Rétablissement en Santé Mentale : soins et accompagnement de la précarité à l’inclusion sociale* ». Je suis une timide qui se soigne, la prise de parole en public ne me gêne pas dès lors qu’il s’agit d’œuvrer à une meilleure compréhension des troubles, participer à la destigmatisation* de la maladie, et porter autant que faire se peut la voix des personnes malades…

Des organismes comme alfapsy permettent d’apprendre à prendre la parole en public et offrent la possibilité de devenir formateurice-pair.e.

Deux formations universitaires sont accessibles dans le champ de la pair-aidance en santé mentale : la licence « médiateur de santé pair »* proposée par le CCOMS* en partenariat avec l’université Paris 13 et le DU « Pair aidance en santé mentale »* porté par le centre ressource de réhabilitation psychosociale* et l’université de Lyon 1. Les pair.e.s ont aussi la possibilité de devenir personnes ressources en santé mentale ou encore pair-formateurs. La pair-aidance est vaste et elle se développe en prenant une place de plus en plus importante au sein des structures de santé mentale*.

Complémentarité et co-construction des savoirs

Le public auquel je m’adresse au Un Chez-Soi-d’Abord* ne souffre pas spécifiquement de TCA même s’il peut être concerné. En tant que pair-aidante je peux être amenée à travailler sur des problématiques transverses aux troubles psys comme la question des médicaments, de l’alliance thérapeutique*, l’isolement ou encore la solitude*

J’essaie de transmettre de l’espoir. Je me veux « encourageante » car je pense que la motivation est aussi indispensable au rétablissement et puis j’apporte mon soutien à des projets visant à favoriser l’autonomie des locataires.
Je découvre beaucoup de choses dans mon nouveau métier. Il me semble que mes collègues me font d’ores et déjà confiance car j’ai appris à développer des qualités utiles à la pair-aidance au cours des dernières années.

Lae pair-aidant.e vient bousculer l’approche du soin et de l’accompagnement. Iel s’inscrit dans une logique de complémentarité des savoirs permettant de développer une approche nouvelle de l’accompagnement des personnes au plus proche des besoins des personnes concernées. Iel est la preuve vivante que le rétablissement ce n’est pas juste un concept, une jolie notion qu’iel fait bien d’aborder sur une estrade… Son apport est essentiel iel fait partie intégrante de ce que sera la santé demain* !

* dispositif s’adressant aux personnes en situation précaire et avec une problématique de troubles psychiques sévères + ou – addictions. Il invite à penser le logement comme outil et point de départ des processus de rétablissement

Sabrina PALUMBO-GASSNER
Coach & Auteure – pair aidante – marraine des associations Solidarité Anorexie Boulimie

 

De la même autrice sur En Tant Que Telle
Pair-aidance et TCA
Au delà des TCA

 

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